Le Château et le Fort de Chillon

Périodes historiques
Le château de Chillon™ sous sa forme actuelle est le résultat de plusieurs siècles de constructions et de réaménagements.

Les fouilles menées dès la fin du XIXe siècle, en particulier celles conduites par l’archéologue Albert Naef (1862-1936), attestent l’occupation du site dès l’Âge du Bronze.

L’îlot rocheux sur lequel le château est édifié constituait à la fois une protection naturelle et un emplacement stratégique pour commander le passage entre le nord et le sud de l’Europe. La forteresse, construite sur une véritable île, en a épousé la forme ovale. Elle mesure environ 100m sur 50m. Elle a aussi puisé son nom de la roche, d’une ancienne langue, dans laquelle le mot « Chillon » signifie plateforme rocheuse.

L’histoire du château est marquée par 3 grandes périodes : des Savoie, des baillis bernois et de l’État de Vaud.

 

LA PÉRIODE DES SAVOIE DU XIIE SIÈCLE À 1536

La première mention écrite du château de Chillon™ date de 1150. À cette époque, les comtes et comtesses de Savoie possèdent la fortification. Son emplacement sis entre montagnes et lac qui relie le Nord au Sud par la Via Francigena est stratégique. La famille de Savoie contrôle le passage devant le château et la nouvelle ville de Chillon, Villeneuve, qu’empruntent voyageurs, marchands et pèlerins qui se rendent en direction de Rome en passant par le col du Grand-Saint-Bernard. De cette manière, les comtes de Savoie tirent un revenu en instaurant un péage en échange de la sécurité et de l’entretien de la route.

Au XIIIe siècle, Pierre II de Savoie entreprend des travaux d’embellissement du château qui devient une résidence d’été. Les souterrains à voûtes gothiques sont une spécificité de Chillon, construites habituellement dans les cathédrales. Ils abritent les caves où se trouvent notamment le garde-manger et la cave à vin. C’est dans la dernière partie que la prison est édifiée autour des piliers de molasse et de la roche abrupte. Il s’agit de la fameuse geôle dite de Bonivard, un prêtre et opposant aux Savoie catholiques, en raison de ses convictions de réformé, alors enfermé pendant 6 ans.

La dynastie de Savoie continue sa conquête du territoire du Pays de Vaud représentant deux tiers de la Suisse romande actuelle. Amenés à se déplacer pour gouverner et rester en contact avec leurs sujets, les comtes nomment un châtelain qui réside en permanence dans le château pour s’occuper de leurs affaires.

Petit à petit, Chillon est écarté, la cour de Savoie préférant d’autres châteaux. En 1436, Amédée VIII, avant d’être appelé à la papauté sous le nom de Félix V, tente de redonner vie au château. Il y envoie son maître d’œuvres, Aymonet Corniaux, un charpentier chargé d’entretenir les édifices du Chablais et du Pays de Vaud. Il y fait d’importants travaux et modifie le système défensif au sommet des tours et des enceintes. Cet effort reste sans lendemain et Chillon sera délaissé jusqu’à l’arrivée des Bernois en 1536.

La période bernoise de 1536 à 1798

Les Suisses, plus précisément les Bernois, conquièrent le Pays de Vaud en 1536. Le 29 mars, ils prennent le château de Chillon™, après un siège de trois semaines, le châtelain ayant fui avec ses serviteurs par le lac. Les Bernois divisent le Pays de Vaud en douze bailliages et Chillon devient le centre administratif de celui de Vevey ainsi que la résidence permanente du bailli. Recruté au sein du patriciat bernois, celui-ci porte aussi le titre de capitaine de Chillon et, en qualité de représentant du souverain, remplit de nombreuses fonctions.

Les nouveaux propriétaires récupèrent un bien, certes délabré, mais en bon état, car épargné par les guerres de Bourgogne. Au temps des Savoie, le château était divisé en deux secteurs : celui pour le bailli-châtelain et celui pour les ducs et duchesses de Savoie lorsqu’ils y résidaient. Cette division n’a plus lieu d’être et les Suisses occupent toute la résidence. Les excellences de la ville de Berne apposent leur armoirie sur la façade côté lac. Aujourd’hui, uniquement la partie supérieure et les oreilles de l’ours sont encore visibles en raison de son recouvrement par le troisième propriétaire du château avec son propre écu ; le canton de Vaud dès 1798. Durant près de 260 ans, le château de Chillon™ conserve son rôle de forteresse, d’arsenal et de prison. Les parties défensives sont adaptées aux nouvelles armes à feu.

La période vaudoise depuis 1798 à nos jours

Le 10 janvier 1798, des patriotes des villes de Vevey et Montreux prennent le château de Chillon™  aux baillis bernois qui le quittent avec élégance sans y opposer de résistance. Le 24 janvier, accompagnés de citoyens locaux et de Lausanne, ils proclament l’Indépendance vaudoise. Devenu un bien national lors de la Révolution vaudoise, le château appartient dorénavant au nouveau Canton de Vaud, fondé en 1803, sous l’Acte de Médiation de Napoléon Bonaparte, qui définit 19 cantons officiellement. Cette vieille bâtisse est utilisée comme dépôt d’armes et munitions ainsi que comme prison d’État. Les premiers visiteurs côtoient alors les prisonniers… sous la bonne garde d’un concierge et de deux gendarmes. Cette vision de fortification médiévale attire les Romantiques. Lors de sa visite en juin 1816, Lord Byron, poète anglais, s’inspire de l’histoire du prisonnier François Bonivard (1493-1570) pour écrire son poème The Prisoner of Chillon qui rendra le château célèbre au niveau mondial. Il est traduit dans une vingtaine de langues. À travers ce récit magnifié des souffrances de Bonivard, prieur de Saint-Victor de Genève, retenu à Chillon pour ses positions anti-savoyardes puis libéré par les Bernois, le personnage historique se mue en symbole de liberté et sa prison s’auréole d’un caractère sacré.

Dans la mouvance romantique qui redécouvre avec enthousiasme le Moyen Âge, une nouvelle image de Chillon tend à s’imposer. En 1762, Rousseau avait déjà attiré l’attention sur le site en y plaçant un épisode de Julie ou La Nouvelle Héloïse, assorti d’une brève allusion à la captivité de Bonivard.

De nombreux autres artistes fascinés par le château et son paysage qui lui sert d’écrin, lui rendent hommage dans le monde des arts, comme Victor Hugo, Joseph Mallord William Turner, Léon Tolstoï, Gustave Courbet, Salvador Dali ou Joseph Hornung.

Dès la fin du XIXe siècle, le château est restauré par l’archéologue cantonal, Albert Naef. Des campagnes de restaurations sont encore menées aujourd’hui.

Lieux
Alors que les châteaux de style dit savoyard sont généralement construits sur un plan carré, flanqués de tours circulaires à chaque angle, le château de Chillon™ a la particularité d’épouser la forme ovale de l’île rocheuse sur laquelle il est bâti.

Entouré d’un fossé naturel, le château est accessible par le lac sur tout son pourtour. Il fait partie de la catégorie des châteaux d’eau. Chillon est relié à la terre par un pont (anciennement un pont-levis dont on peut encore voir les restes de poulies qui l’actionnaient). Chillon est un château au double visage : la façade nord, percée d’archères puis de meurtrières et surmontées de mâchicoulis, constitue la forteresse qui protège la route, la Via Francigena. Au sud, du côté du lac, de magnifiques fenêtres gothiques rythment la façade de la résidence princière. Elles ouvrent sur le paysage typique de la Riviera vaudoise, le lac Léman et les montagnes. En son centre, le donjon et sa salle du trésor sont reliés aux corps de logis par les chemins de ronde. Ils invitent à se rêver garde ou gardienne du château… L’espace intérieur est distribué autour de trois cours principales correspondant à l’affectation des différents bâtiments : la demeure du châtelain et celle du seigneur, datant du système féodal.

Situés à l’extrémité de la prison (salle n°9), ces tavillons et planchettes sont retenus dans les voûtes gothiques du XIIIe siècle. Ils faisaient partie de l’ancien coffrage disposé en prévision de la construction des voûtains – entre les croisées d’ogives – et servaient à contenir le mortier de liaison entre les blocs avant son durcissement.

Ces vestiges représentent un témoignage précieux, peut-être unique en Europe, du mode de construction médiéval ; ils étaient utilisés pour fabriquer des cintres, c’est-à-dire des moules en bois qui étaient le négatif de la voûte à réaliser et qui servaient à retenir les pierres assemblées au mortier avant le séchage complet.
Au début des années 1990, on démonte quelques-unes des planchettes. Une analyse dendrochronologique – observation des cernes sur la coupe du bois – est alors effectuée en laboratoire sans carottage, et permet de dater les planches et tavillons aux alentours de 1250. Cette datation inférieure à celle donnée par les textes historiques n’est pas étonnante, car il s’agit de pièces de réemploi provenant d’une toiture du château où elles avaient séjourné quelques années auparavant : en effet, les tuiles remplacent les tavillons au XIIIe siècle.
Ces vestiges ont probablement été oubliés dans l’obscurité ambiante de la prison, à moins que les maçons du Moyen Âge n’aient simplement pas jugé utile de les retirer, eu égard à la nouvelle fonction carcérale des lieux.
Toute la partie nord-ouest du château repose sur ces voûtes gothiques, elles-mêmes soutenues par sept colonnes en molasse.

TABLEAUX : LA CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS BONIVARD À CHILLON.
Issu de la petite noblesse savoyarde, François Bonivard (1493-1570) est prieur de Saint-Victor à Genève dès 1514. Il se lie rapidement au parti qui s’oppose aux visées du duc de Savoie sur la ville, ce qui conduit à son arrestation et à son incarcération au château de Chillon en 1530. Il est libéré six ans plus tard par l’armée bernoise lorsqu’elle envahit le Pays de Vaud. En 1816, le poète lord Byron fera de Bonivard un héros romantique dans son célèbre poème « Le Prisonnier de Chillon ».

Le peintre genevois Joseph Hornung (1792-1870) est l’auteur de ce diptyque qui représente la captivité de Bonivard à Chillon. Autodidacte et animé d’une grande nostalgie du XVIe siècle, il est connu pour ses tableaux historiques avec une préférence marquée pour les thèmes liés à la Savoie et à la Réforme protestante.
Les deux tableaux sont mal connus des spécialistes ; les propres héritiers de Hornung ignoraient la date de leur réalisation, voire même leur existence. Ils sont probablement à mettre en relation avec le concours de peinture d’histoire organisé par la Société des Arts de Genève en 1824 : les peintres Georges Chaix et Jean-Léonard Lugardon s’affrontent alors autour de leurs toiles respectives, représentant chacune la libération de Bonivard par l’armée bernoise. Cet évènement artistique majeur marque durablement Hornung. En outre, il peindra un « Autoportrait sous les traits de Bonivard » en 1845. Le diptyque date donc probablement du second quart du XIXe siècle.
Le premier tableau dépeint le prisonnier consolé par la fille de geôlier, tandis que le second illustre la délivrance de Bonivard par les Bernois. Hornung met un soin tout particulier à retranscrire les détails de l’architecture comme les fameuses colonnes de la prison du château, ce qui laisse à penser qu’il a vu les lieux de ses propres yeux.
Le style de ces tableaux se rapproche de la peinture des Pays-Bas, notamment dans l’emploi du clair-obscur et le contraste des couleurs vives sur un fond sombre. La composition évoque quant à elle l’Ecole Romantique Française du début du XIXe siècle, les personnages esquissant des mouvements très expressifs.
Ces tableaux ont été acquis en 2013 grâce au généreux soutien de l’Association des Amis du Château de Chillon. Pour des raisons de conservation, ils sont exposés à tour de rôle durant un an dans la prison du château.

Dans la salle des armoiries (salle n°18) se trouve un plafond commandé par le duc de Savoie Amédée VIII en 1436, après une visite au château de ChillonTM au cours de laquelle il ordonne une série de travaux d’entretien et d’embellissement. Ceux-ci sont réalisés par Aymonet Corniaux, le « maître des œuvres » de la Maison de Savoie, dont la mission est de maintenir en bon état les propriétés de son seigneur.

Au Moyen Âge, cette salle a une fonction d’apparat et sert notamment à la réception des hôtes prestigieux. La première mention d’un plafond à caissons apparaît en 1439 dans les comptes de la châtellenie de Chillon. Réalisé en bois résineux, il se divise en septante-deux compartiments. Les jeux entre poutres maîtresses, secondaires et tertiaires créent une saillie très marquée (plus d’un mètre) qui est renforcée par la superposition de moulures. Comme décoration, la plupart des pièces de bois sont couvertes de rainures. Ce plafond présente de nombreuses similitudes avec d’autres sur lesquels Aymont Corniaux a travaillé (par exemple aux châteaux d’Annecy et de Ripaille). Plus généralement, on trouve trace de plafonds comparables dans des édifices situés sur le territoire de la Savoie médiévale (maison-forte de Loche, prieuré de Talloires, châteaux de Montrottier et de Menthon-Saint-Bernard). Il existe donc des particularités qui permettent de parler d’un type de plafond commun à la région cisalpine à la fin du Moyen Âge. En raison de sa longue carrière (un demi-siècle !), Aymonet Corniaux a contribué à développer cette architecture spécifique. Enfin, engageant fréquemment une main d’œuvre locale, il a aussi aidé à diffuser ce modèle.

Pendant les fouilles qu’il conduit au château de ChillonTM au début du XXe siècle, l’archéologue vaudois Albert Naef met au jour les fragments de nombreux contenants à boire. Ils datent pour la plupart de l’époque médiévale.

Les fragments découverts sont composés de différents matériaux. Certains sont en céramique et faisaient partie de récipients à boire. Plusieurs éléments – comme leur forme par exemple – permettent de dater leur réalisation au cours du XIIIe siècle. En 1904, Albert Naef fait exécuter une reconstitution de pichet à partir de plusieurs fragments. Il découvre également des gobelets à pastilles, nommés ainsi en raison des petits disques qui étaient rangés à intervalle régulier le long du fût du verre. Ce type de verre à boire était employé pour sa part dans l’est de la France, le sud de l’Allemagne et la Suisse entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle. Ils remplacent alors les pichets en tant que contenants à boire et dénotent une évolution des mœurs ; la mise en valeur du liquide contenu traduit des soucis esthétiques mais aussi liés au plaisir (la contemplation avant la dégustation). Ces gobelets élégants sont eux-mêmes remplacés au cours du XVe siècle par des verres dits « Strangenglas », qui sont formés d’un cordon de verre enroulé en spirale au niveau du pied.

La salle dite aula nova est dévolue à l’exposition des coffres. La collection, dont seule une partie est visible à Chillon, comprend huitante pièces. La plupart d’entre elles datent des XVIIe et XVIIIe siècles, mais certaines remontent à l’époque gothique, voire romane. Les autres salles du château abritent diverses pièces de mobilier telles que tables, chaises, crédences ou encore portes sculptées.

L’Association pour la restauration du château de Chillon est fondée en 1887 : elle a pour but la restauration du monument et la création d’un musée illustrant les différentes périodes de l’histoire vaudoise. Dès lors, les achats, dons et legs vont se succéder afin d’enrichir les collections.

C’est à l’architecte veveysan Ernest Burnat (1833-1922) que le château doit certaines de ses plus belles pièces de mobilier. En 1889, il en définit la politique d’acquisition en tant que conservateur. Son coup de maître est sans nul doute l’achat d’un coffre réalisé par Alexandre Mayer, un ébéniste de Souabe auteur de plusieurs chefs-d’œuvre en Valais à la fin du XVIIe siècle.

En 1912, l’architecte du château et premier archéologue cantonal vaudois Albert Naef (1862-1936) fait réaliser six copies des coffres de la basilique de Valère (Sion, Valais) destinées à l’ameublement des grandes salles. Ce choix est réfléchi car leur fabrication date du XIIIe siècle, alors que la phase principale de construction du château a eu lieu aux alentours de 1260.

 

Statue de Saint Georges

 

 

Cette statue sculptée d’un seul bloc de tilleul représente Georges de Lydda, un martyr du IVe siècle.
La légende dit qu’il débarrassa la ville de Silène (Libye) d’un monstre ailé, allégorie du démon.

Patron de la chevalerie, le saint est représenté selon les canons stylistiques du XVe siècle : debout sur le ventre du dragon, il est imberbe et vêtu d’une armure nommée harnois. Son bouclier est décoré d’une croix et il tenait probablement une lance dans la main droite.

On ignore tout de ses origines, cependant cette sculpture a été conçue pour être vue de face car son revers et ses côtés ne sont pas décorés. Le saint regarde vers le bas, ce qui présume une position en hauteur. De minces fragments de polychromie subsistent sur le visage et l’armure : rouge, noir, argenture et dorure.

La chapelle de Chillon est dédiée à saint Georges par la Maison de Savoie en 1351. En célébration de cette dédicace, la statue est acquise par l’Association pour la restauration du château de Chillon en 1895.

 

 

Poêle aux armes de Lutry

 

 

Dès la fin du XIXe siècle, les fouilles entreprises au château de ChillonTM permettent d’exhumer de nombreux fragments de poêles formés de carreaux à face vernissée et moulée en relief, remontant pour certains au XIVe siècle. Dans la foulée, plusieurs exemplaires complets – de genre et de provenance diverses – sont acquis afin de meubler le château. Ce poêle exceptionnel entre dans les collections en 1888, après avoir passé plus de deux siècles dans l’hôtel de ville de Lutry.

Construit en 1602 afin de chauffer la salle du Conseil de la ville, il est constitué d’un corps en pierre de Nialin et d’une tour avec un couronnement de catelles. Sa fabrication est particulièrement bien documentée puisque l’on connaît les noms du maçon et du potier qui y ont œuvré : Amaudruz de Lutry et Henri Baud, un fribourgeois.
Le poêle est fortement endommagé et relégué dans une salle secondaire de l’hôtel de ville dès le milieu au XIXe siècle ; cependant, des érudits locaux s’accordent sur son importance historique et l’Association pour la restauration du château de Chillon l’acquiert en 1888. Il est d’abord installé dans la Salle à manger du châtelain. Il y reste cinquante ans avant d’être déplacé dans la Camera nova à l’occasion du réaménagement de la pièce pour les réunions du Comité de l’Association. Le poêlier fumiste Marius Grognuz le munit d’un corps de chauffe en fonte dans la tour et de bouches de chaleur à l’extérieur.
Sa forme – un foyer de plan rectangulaire arrondi à l’avant et une tour – relève d’une typologie fréquente au XVIIe siècle. La partie inférieure est ornée d’un soleil accompagné de six étoiles et d’un écu aux armes de Lutry, tandis que la tour est revêtue de carreaux à motifs polychromes peints en biais sur un fond gaufré vert. Au centre du couronnement, les armes de la ville, rouges et blanches, sont présentées par deux putti. Les inscriptions « Lutry » et « Hiver » figurent sous les tourelles, et le millésime 1602 apparaît en deux endroits.
Ce poêle est le plus vieil exemplaire conservé en son entier dans le canton de Vaud, et le plus ancien spécimen daté et attribué à la production fribourgeoise.

 

Le château ChillonTM dispose de trois salles d’armes réparties dans la partie « forteresse » de l’édifice.

Deux étages du donjon sont dévolus à l’armement du Moyen Âge au XVIIe siècle – épées, masses, arquebuses et hallebardes – et la tour de défense aux armures, dont une cotte de mailles.

Lorsqu’il devient conservateur du château en 1893, l’archéologue et historien de l’art Aloys de Molin (1861-1914) se lance dans une série d’achats afin de le meubler. Il acquiert des pièces de valeur telles que des statues et des vitraux, mais également des armes et armures. Ce faisant, il initie l’un des axes principaux du futur musée imaginé à Chillon.

Vingt ans plus tard, l’architecte du château et premier archéologue cantonal vaudois Albert Naef (1862-1936) élève encore le niveau de qualité de la collection. Naef privilégie la qualité et l’authenticité à la quantité : il récupère notamment une épée allemande à deux mains, datée de 1536, et une arquebuse du XVIIe siècle produite dans un atelier lucernois.

Les donations, dépôts et legs restent le principal vecteur d’enrichissement des collections. Presque l’intégralité des hallebardes exposées proviennent du dépôt Charles Marcel, dont l’Association pour la restauration du château de Chillon devient propriétaire en 1970. Plus récemment, en 2004, la donation Bron permet au château d’acquérir la copie XIXe siècle d’une armure de plates complètes allemande du XVIe siècle.

Arrivée au château de ChillonTM  en juillet 1913, cette arquebuse fait partie d’un ensemble d’une trentaine de pièces légué par le docteur Eugène Aunant de Lausanne. Le lot a préalablement été réparti entre deux institutions par l’archéologue cantonal Albert Naef : le château et l’Association du Vieux-Lausanne. La majeure partie de ces armes et armures est aujourd’hui conservée au Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, à l’exception de cette arquebuse et d’une cotte de mailles de la fin du XVe siècle, exposées à Chillon.

L’arquebuse porte sur son canon octogonal les poinçons de la ville de Lucerne et de l’armurier lucernois Hans Horwer ; celui-ci est mentionné dans les sources entre 1605 et 1620. Cette arme remonte par conséquent aux années 1600-1620.
Elle était probablement utilisée pour des tirs de stand ainsi que pour la chasse aux cervidés. Son canon rayé permettait par ailleurs un tir extrêmement précis. Elle témoigne d’un type d’armes à feu apparu au début du XVe siècle peu maniable, lourd et nécessitant un appui sur une fourche.

Les arquebuses vont rapidement servir de prétexte à de riches ornementations et devenir de véritables objets d’apparat. Cette pièce en est un exemple flagrant avec son décor luxuriant qui envahit la crosse et le fût, incrustés d’or et de nacre gravés. Le fût est orné de motifs floraux, de rinceaux, de plumes, d’animaux affrontés, de scènes de genre et de paysages.

La crosse présente quant à elle un célèbre épisode de la mythologie grecque : le Jugement de Pâris. A son extrémité, les trois déesses Aphrodite, Héra et Athéna ont été réunies par le dieu Hermès, lequel figure au centre muni de son attribut, le caducée. Au-dessus de la poignée, Pâris, vêtu à la mode du XVIIe siècle, est assis sur un trône et accompagnée de son cheval et de ses chiens. Il s’apprête à offrir à Aphrodite, déesse de l’amour, la pomme destinée à la plus belle d’entre elle.

Cette arquebuse constitue l’un des plus beaux témoignages de ce genre d’armes du XVIIe connu en Suisse.

Cette armure de plates a été datée des années 1560 par recoupement stylistique avec d’autres exemplaires contemporains. Le plastron est frappé en haut à droite de deux poinçons de maître attribués à la lignée des armuriers Hofmann, une famille d’origine allemande fixée à Frauenfeld (canton de Thurgovie) dès 1552.

L’entrée de cette armure dans les collections de Chillon remonte probablement à 1893 ; cette année-là, le conservateur du château Aloys de Molin (1861-1914) assiste à une vente aux enchères organisée par l’antiquaire Gubler à Zurich. Le mobilier atteignant des prix exorbitants, il se rabat sur les armes et armures et achète une vingtaine de pièces.
Cette demi-armure se compose de douze éléments qui se fixent grâce à des lanières de cuir : plastron et dossière, colletin, bras, gantelets, tassettes en deux parties (des pièces articulées destinées à protéger les cuisses), et enfin braguette, un objet plutôt rare qui couvre l’entre-jambe. Seule la visière qui protégeait le visage a disparu.
La date 1592 est gravée au centre du plastron. Etant postérieure à la fabrication de l’armure, elle doit s’entendre comme une allusion à un évènement important ; un lien peut être tissé avec la Société de Tir de Frauenfeld, dont les membres sont représentés sur un panneau de bois peint précisément cette même année.
Cette armure a fait l’objet d’une restauration poussée en 2014. Elle a subi un traitement qui lui a permis de retrouver sa couleur d’origine dite « blanche » – obtenue par polissage après forgeage – que la corrosion avait altéré. Elle était auparavant considérée comme une armure noire.

Située au second étage du donjon, l’exposition permanente d’armes anciennes du château de ChillonTM inclut une arbalète et une série de pointes de traits datant de l’époque médiévale, ainsi qu’un cric appelé « moufle » permettant de recharger les carreaux sur l’arme de trait.

En Suisse, la première attestation d’une arbalète figure sur le sceau du conseiller Johann von Hildisrieden, de Lucerne, en 1235. Même si elle est lente, cette arme est précise, puissante (les arbalètes tirent des carreaux à plus de 300 kilomètres à l’heure) et facile à manier. Cela en fait un objet extrêmement meurtrier. L’Église en interdit l’utilisation, mais les souverains européens n’en tiennent pas compte.

Le modèle présenté à Chillon – un don fait par un particulier en 1825 – date du XVe siècle. Il est composé de bois fruitier avec incrustation de bois de cerf et de corne. A l’origine, l’arc à l’avant de l’arme était recouvert par de l’écorce de bouleau peinte. Sa portée est estimée à 150 mètres, au-delà des 70-90 mètres habituels. A l’époque de sa fabrication, les arbalètes deviennent si rigides qu’il faut des crics pour les bander, comme la moufle présentée en vitrine (XVIIe s.). Après l’apparition des armes à feu, leur usage est réservé à la chasse. Enfin, au XIXe s., elles deviennent des armes de sport.

Toutes trouvées au château lors des fouilles archéologiques menées au tournant du XXe s., les différentes pointes présentées datent du XIIIe s. au XVe s. Elles tendent à se resserrer et à s’allonger, et permettent de se rendre compte de la taille énorme des projectiles.

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